Archives Mensuelles: avril 2010

Un coup d’Etat très ordinaire

Dans une relative indifférence, un coup d’Etat fulgurant s’est produit au Kirghizstan, république centrasiatique hautement volatile au centre d’un bras de fer entre Moscou et Washington. Si la convocation d’élections par l’opposition peut laisser espérer une avancée de la démocratie, les premiers réflexes du nouveau régime en place font craindre que l’histoire ne se répète sans nul bénéfice pour le peuple kirghiz.

Le pays change de mains

Après une période de grogne ayant débuté en janvier sur fond de hausse des prix des ressources énergétiques, la révolte a éclaté le 6 avril dans le nord d’un pays fortement divisé par les tensions régionalistes. Les principaux leaders de l’opposition ont été arrêtés le 7 avril.

En une journée, les émotions populaires se sont propagées comme une trainée de poudre dans plusieurs villes et ont dégénéré en heurts avec les forces de l’ordre à Bichkek, la capitale (nord). Les manifestants ont pris d’assaut le palais présidentiel, la police ayant répliqué avec des balles réelles. Bilan 84 morts et de nombreux blessés.

Kourmanbek Bakiev, premier président originaire du sud désormais réfugié dans son fief de Djalal-Abad, était lui même l’instigateur d’une prise violente du pouvoir il y a cinq ans, appelée "Révolution des Roses" dans le sillage des soulèvements de couleur qui se sont multipliés dans l’espace postsoviétique. Il avait été rapidement accusé de dérives autoritaires par ses compagnons de route qui avaient rejoint les rangs de l’opposition.

Fait étonnant pour un coup d’Etat, aucune condamnation ferme de la communauté internationale n’a suivi (seuls des appels à la retenue ont été émis), bien que Washington ait activement coopéré avec M.Bakiev, le nord du pays accueillant une base de transit vers l’Afghanistan. A croire que le nom du président importe moins que sa propension à adapter sa politique et que la légitimité du pouvoir dans ce pays, si éloignée des critères de l’OSCE, a ses propres règles dont il est finalement facile de tirer parti.

Le nouveau gouvernement a promis d’organiser une élection présidentielle dans les six mois, "conforme à toutes les règles démocratiques", promesse déjà réalisée par M. Bakiev lors de son accession au pouvoir, mais qui avait rapidement répété, voire aggravé les travers de ses prédécesseurs. L’aspiration à la démocratie avait cédé la place au népotisme, à la corruption, débouchant sur un appauvrissement de la population.

Marchandage politique

Une déclaration des nouvelles autorités, ou plutôt sa formulation, fait cependant douter de leur capacité à introduire un réel changement. Dépêché à Moscou immédiatement après les troubles, Almazbek Atambaïev, chef adjoint du cabinet des ministres provisoire a déclaré: "J’ai rappelé que la Russie avait débloqué 150 millions de dollars pour le Kirghizstan l’année passée, pendant une époque de calme absolu (…). Dans un contexte grave, le montant de l’aide financière doit être plus élevé".

Ce marchandage, qui sous-entend que l’allocation de l’aide "va de soi" et qu’il suffit d’en négocier le montant est révélateur des relations qu’entretient la Russie avec les anciennes républiques soviétiques. Qu’il s’agisse de la Biélorussie, de l’Ukraine ou du Kirghizstan, les autorités russes subventionnent les gouvernements locaux (directement ou par le biais de tarifs gaziers de faveur), entretenant ainsi une forme de corruption d’Etat.

La poursuite de cette logique n’augure rien de bon pour le renouveau du pays, dont l’élite pourrait à nouveau être plus intéressée par l’aide étrangère que par le développement de l’économie kirghize.

La base de la discorde

Mais la région centrasiatique est désormais courtisée, et la concurrence féroce. D’ailleurs, la Russie a immédiatement ouvert son portefeuille, s’engageant à faire au Kirghizstan un don de 20 millions de dollars et à lui accorder un crédit préférentiel de 30 millions de dollars, attirant les soupçons sur son implication dans les troubles. Elle a été talonnée par les Etats-Unis, qui se sont dits prêts à "soutenir" le pays.

Peu après leur arrivée au pouvoir, les nouvelles autorités ont assuré que la base de Manas (nord), utilisée par Washington pour approvisionner les troupes en Afghanistan, resterait en service. La base, autre source importante de revenus pour Bichkek, cristallise la lutte d’influence entre la Russie, qui considère la région comme son pré-carré, et les Etats-Unis. Moscou cherche notamment à obtenir sa fermeture pour s’assurer le contrôle des itinéraires septentrionaux de transit otanien vers l’Afghanistan, qu’il souhaite à terme voir exclusivement passer par son territoire.

Rien d’étonnant à ce les Russes aient si facilement "lâché" Bakiev, et que celui-ci n’ait pas bénéficié de l’asile de Moscou comme sa victime de la Révolution des tulipes, Askar Akaïev. Après avoir empoché en mars 2009 deux milliards de dollars d’aide contre la promesse tacite de fermer la base américaine, Bakiev avait retourné sa veste et annoncé des changements cosmétiques qui signifiaient de facto le maintien de celle-ci, suscitant l’ire de Moscou. Le fait que les nouvelles autorités soufflent le chaud et le froid sur ce dossier confirme l’impression que la tendance est au statu quo.

Le risque de voire se perpétuer la dépendance des autorités vis-à-vis de l’argent étranger sème donc le doute sur l’aptitude du pays à avancer dans la bonne direction. Alors que 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et que le PIB repose à 45% sur les envois des travailleurs expatriés, le peuple kirghiz risque d’être, une fois de plus, le grand perdant de cette nouvelle révolution.

Reste à savoir si la chef du gouvernement transitoire, Roza Otounbaïeva, diplomate formée à Moscou et ayant longtemps vécu aux Etats-Unis, saura faire bénéficier le pays de son indépendance vis-à-vis des clans (elle serait respectée dans le nord comme dans le sud dont elle est originaire), et jeter les bases d’une politique bénéfique pour le pays.

http://fr.rian.ru/discussion/20100421/186476417.html

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Quand l’histoire s’emmêle près de Katyn

MOSCOU, 12 avril. C’est une image forte, qui restera dans les mémoires: le premier ministre russe Vladimir Poutine serrant dans ses bras son homologue polonais Donald Tusk venu se recueillir sur les lieux du crash dans lequel a péri le président Lech Kaczynski, sa femme Maria, des députés, des chefs d’État-major, des ecclésiastiques, et nombre de personnalités influentes.

A quelques mètres de l’endroit où ces derniers étaient venus se recueillir, sur la fosse commune où la fine fleur de la Pologne fut massacrée en 1940 par la police politique soviétique. Espoir brisé d’une élite qui aurait pu faire du pays un Etat influent et indépendant, et non un satellite de l’URSS.

C’était sans compter sur un pilote têtu (a-t-il reçu ses ordres du président Kaczynski lui-même? Y a-t-il eu un problème de radar? Beaucoup de mystère perdure), qui a refusé de se dérouter vers Minsk ou Moscou et tenté à quatre reprises l’atterrissage dans des conditions météo défavorables sur l’aéroport de Smolensk. Le malin génie de l’histoire diront certains.

L’accolade Poutine-Tusk marque un tournant pour les deux pays souvent considérés comme des frères ennemis (la fête nationale russe, le "Jour de l’unité populaire", marque la libération de l’occupant polono-lituanien et suédois). L’image rappelle celle d’un Mitterrand et d’un Kohl main dans la main à Verdun.

Un aveu pour la Russie, un soulagement pour la Pologne: pour la première fois, la semaine dernière, les deux ministres s’étaient recueillis ensemble sur les lieux du massacre de Katyn; Poutine avait ouvertement reconnu, malgré quelques réserves, la responsabilité de la police politique soviétique (NKVD) et de Staline, après des années de faux-fuyants côté russe.

Mais à quoi bon l’éluder? M. Kaczynski, président qui irritait par son conservatisme décomplexé et ne redoutant pas de s’attirer des inimitiés, n’était pas le bienvenu en Russie. Atlantiste convaincu, pourfendeur du communisme alors que Moscou tente d’en défendre l’héritage, le défunt président entretenait des relations houleuses avec le pouvoir russe.

En août 2008, le chef de l’Etat polonais s’était immédiatement rendu en Géorgie pour soutenir le président Saakachvili, qui avait auparavant donné à ses troupes l’ordre d’attaquer la république sécessionniste d’Ossétie du Sud, déclenchant une riposte russe. M. Kaczynski avait pris la tête d’un bloc d’ex-pays du bloc soviétique (pays baltes, Géorgie, Ukraine de Viktor Iouchtchenko) principalement soudés par la haine du passé soviétique et du voisin russe.

Moscou n’hésitait pas à jouer la carte de l’humiliation avec le président, notamment en l’invitant aux célébrations du 65ème anniversaire de la victoire de la Seconde Guerre mondiale avec l’ancien dirigeant communiste polonais Wojciech Jaruzelski. Une provocation pour cet ex-membre du syndicat Solidarnosc et promoteur d’une vaste de campagne de "décommunisation" de la Pologne. Kaczynski avait menacé de boycotter les commémorations.

Le président défunt entretenait aussi des relations tendues avec Tusk, qui avait détrôné son frère jumeau Jaroslaw au poste de premier ministre. Refusant de coïncider avec son adversaire politique ainsi qu’avec Vladimir Poutine, autre rival, lors du 60ème anniversaire du massacre de Katyn, il avait repoussé son départ avec le dénouement tragique que l’on sait.

Est-ce un signe? Le président Dmitri Medvedev n’avait pas prévu d’accompagner son homologue polonais, à la différence du tandem des premiers ministres affichant leur entente, le laissant assister seul aux cérémonies d’hommage.

La hantise du vide

"En Pologne, c’est-à-dire nulle part", écrivait Alfred Jarry. La Pologne renoue une nouvelle fois avec un vide, celui du pouvoir. Une situation rappelant évidemment le massacre de Katyn, qui avait tué dans l’œuf l’espoir d’une Pologne d’après-guerre indépendante, et qui hante l’histoire ce pays coutumier des phases de destruction au moment où il commençait à émerger, voire à s’affirmer.

La Pologne, considérée comme un vide à combler, dépecée par l’URSS et l’Allemagne nazie en 1939 dans le cadre du pacte Molotov – Von Ribbentrop. Déplacée vers l’ouest après la guerre. Négligée par ses deux immenses voisins envers lesquels la méfiance de Varsovie perdure, alors que ceux-ci cherchent à la contourner et à la laisser à l’écart des itinéraires stratégiques à l’aide du gazoduc Nord Stream. Un projet qui avait longtemps soulevé les réticences de Kaczynski.

Les réminiscences sont nombreuses suite à la mort simultanée de deux chefs d’Etats polonais, l’ex-président en exil à Londres Ryszard Kaczorowski ayant lui aussi péri dans le Tu-154, un avion russe. Impossible de ne pas se rappeler du premier président de la deuxième république polonaise Gabriel Narutowicz. Fils d’un magistrat mort peu après avoir participé à une insurrection contre l’Empire russe, incarnation du rêve d’une Pologne forte et indépendante, il fut tué cinq jours seulement après être entré en fonctions, replongeant le pays dans l’incertitude.

S’attirant de nombreux ennemis, le président Kaczynski avait décidé de faire de la Pologne la principale puissance régionale d’Europe centrale. Souvent polémique, le chef d’Etat ne cachait pas sa volonté de souder le pays autour de l’anticommunisme et des valeurs chrétiennes.

Fervent partisan de l’OTAN, il était le chantre du projet visant à déployer en Pologne des éléments du bouclier antimissile américain, qui suscitait l’ire de Moscou. Histoire de rappeler à ses voisins que le pays ne serait plus jamais un champ de bataille pour des puissances étrangères et ne ferait plus fi de ses intérêts. Une posture qui concernait aussi l’Union européenne, à laquelle il avait donné du fil à retordre.

M.  Kaczynski laisse une Pologne à l’aise dans son rôle de puissance régionale, et dont l’économie fonctionne sans à-coups: le pays affichait une croissance indécente en pleine crise mondiale. Les institutions sont solides, le président de la Diète Bronislaw Komorowski ayant immédiatement assumé les fonctions de chef de l’Etat conformément à la constitution polonaise et annoncé qu’il se chargerait d’organiser de nouvelles élections. Le peuple est soudé, comme en atteste l’impressionnante marée humaine venue déposer des fleurs devant le palais présidentiel.

Renouant avec la hantise du vide, la Pologne de 2010 semble toutefois mieux préparée que jamais pour venir à bout de ses vieux démons.

http://fr.rian.ru/discussion/20100412/186448895.html

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Poutine et Tusk se recueillent sur les lieux du crash (synthèse)

Les premiers ministres polonais et russe Donald Tusk et Vladimir Poutine se sont recueillis dimanche sur les lieux du crash dans lequel ont trouvé la mort le président polonais Lech Kaczynski, sa femme et une délégation de très hauts responsables polonais.

En inspectant les lieux de la tragédie, M. Poutine a expliqué à son homologue les circonstances de l’accident survenu douze heures plus tôt. Les chefs de gouvernement ont ensuite déposé une gerbe à côté d’un des débris du fuselage de l’appareil. S’exprimant en russe, MM. Tusk et Poutine se sont donné une accolade et ont rejoint les enquêteurs.

"C’est une effroyable tragédie, 96 personnes sont mortes. C’est avant tout une tragédie pour la Pologne, pour le peuple polonais, mais c’est aussi notre tragédie. Nous sommes avec vous", a déclaré M. Poutine aux journalistes.

"La commission gouvernementale mettra tout en œuvre pour soutenir dans cette épreuve les proches des victimes, qui commencent à arriver à Moscou", a-t-il fait savoir.

Le président Dmitri Medvedev, dans une allocution au peuple polonais, a présenté samedi ses condoléances et promis de mener une enquête minutieuse des faits en coopération étroite avec la partie polonaise. Le 12 avril sera décrété journée de deuil national, pour la deuxième fois en moins d’un mois après les attentats qui ont frappé le métro de Moscou.

Les corps des victimes ont été acheminés à l’aéroport moscovite de Domededovo par deux hélicoptères Mi-26T. Ils seront transportés vers plusieurs morgues de la capitale russe en vue de l’identification, comme l’exige la législation russe.

Samedi soir, les proches des victimes ont commencé à arriver à Moscou, un second vol étant prévu dimanche. Les autorités de la capitale ont mis en place un état-major présidé par le maire de Moscou Iouri Loujkov, chargé de prendre en charge les membres de la famille des personnes ayant péri dans l’accident. Vladimir Poutine a en outre fait savoir samedi que le gouvernement de Moscou assumerait l’intégralité des frais relatifs à leur séjour.

Le frère jumeau de Lech Kaczynski, l’ex-premier ministre Jaroslaw, a identifié le corps du défunt président et de son épouse Maria, a auparavant annoncé le député polonais Max Kraczkowski.

Samedi matin, l’avion présidentiel Tu-154 s’est écrasé près de Smolensk, dans l’ouest de la Russie. Selon le Parquet d’enquête du Parquet de Moscou, l’étude des boîtes noires a confirmé que les services aériens au sol avaient conseillé à plusieurs reprises de ne pas atterrir à Smolensk, les pilotes ayant malgré tout décidé de réaliser la manœuvre.

Le directeur de l’usine aéronautique de Samara "Aviakor", constructeur de l’appareil Tupolev, s’est dit prêt à fournir tous les documents nécessaires aux enquêteurs, aussi bien concernant l’avion que l’entretien réalisé en décembre 2009.

Les 96 victimes, parmi lesquels le président et son épouse, un ancien président polonais, le vice-président de la chambre basse du parlement, des députés, des chefs d’état-major, des membres du clergé, se rendaient en Russie pour participer aux cérémonies de commémoration du massacre de Katyn en 1940, lors duquel plus 20.000 représentants de l’élite polonaise avaient été assassinés par la police politique soviétique.

Scellant un rapprochement historique entre la Russie et la Pologne, les premiers ministres russe et polonais s’étaient réunis à Katyn mercredi dernier pour la première afin de rendre hommage conjointement aux victimes du massacre qui avait décimé l’élite polonaise, facilitant ainsi l’entrée du pays dans l’orbite de l’URSS après la Seconde Guerre mondiale.

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