Archives mensuelles : juillet 2010

Ukraine: un attentat ravive les plaies d’une orthodoxie divisée

Un attentat dans une église en Ukraine ravive les divisions d’une orthodoxie rongée par le schisme, et ternit la visite dans ce pays du Patriarche russe Cyrille.

Dans le sud-est de l’Ukraine, l’intérieur de l’église Sviato-Pokrovskaïa a été soufflé le 28 juillet par la déflagration d’un engin explosif. L’attentat a fait neuf blessés dont sœur Lioudmila, 80 ans, qui est décédée à l’hôpital.

L’église relevait du patriarcat de Moscou, dont l’autorité est contestée par le patriarcat de Kiev, ce dernier étant issu du schisme survenu au sein de l’orthodoxie ukrainienne dans la foulée de l’indépendance du pays en 1991 (il existe en outre en Ukraine une église de rite orthodoxe soumise à Rome, ndlr).

Le parquet de la région exclut tout lien entre l’explosion et la très médiatique visite en Ukraine du primat de l’église russe Cyrille, qui s’est achevée le 29 juillet. Pourtant, tous les regards se tournaient jeudi vers le patriarcat de Kiev, qui s’est empressé d’attribuer cet attentat d’un type nouveau aux « satanistes ».

Un climat électrique régnait avant même la visite de Cyrille: la veille de son arrivée, le patriarcat de Kiev avait annoncé sur son site Internet l’incendie d’une de ses églises. Information aussitôt reprise par le représentant du mouvement nationaliste « Pour l’Ukraine » Iaroslav Kendzer, qui accusait les « forces russes anti-ukrainiennes ». L’incendie avait par la suite été démenti.

Le jour choisi par les organisateurs de l’attentat possède une forte résonance. La Russie célébrait officiellement le 28 juillet, et ce pour la première fois depuis la chute de l’Union soviétique, l’anniversaire de sa conversion au christianisme. Mais c’est très symboliquement dans la capitale ukrainienne que Cyrille avait présidé une liturgie. La capitale de l’Ukraine actuelle fut aussi celle de la Rus de Kiev, berceau commun des deux pays. Son monarque, Vladimir, avait fait du christianisme la religion officielle en 988.

Sur fond de rapprochement tous azimuts entre le Kremlin et le président pro-russe Viktor Ianoukovitch, ce geste du chef de l’orthodoxie russe a été très mal perçu par les nationalistes ukrainiens, qui y voyaient une atteinte à l’indépendance du pays.

Le triste événement noircit la fin d’une visite mi-religieuse, mi-politique du « Patriarche de Moscou et de toutes les Russies », qui cherchait à rétablir son influence en surfant sur les retrouvailles des deux pays, après des années de tensions avec le précédent président. Porté au pouvoir au terme de la révolution orange (pro-occidentale), Viktor Iouchtchenko soutenait ouvertement le chef de file des « schismatiques » ukrainiens, Philarète, et avait à plusieurs reprises appelé les deux patriarcats d’Ukraine à s’unir au sein d’une église indépendante de Moscou.

Au cours de cette troisième visite dans le pays, le chef de l’église russe s’est recueilli sur les reliques de la laure des grottes de Kiev, un des lieux les plus saints de l’orthodoxie. Mais le séjour a revêtu une forte connotation politique: le primat avait rencontré le président Ianoukovitch en Crimée, région majoritairement russophone symbole des divisions avec l’ouest parlant ukrainien. Il s’était également entretenu avec le président de la Rada Vladimir Litvine, qui s’était dit favorable à ce que Cyrille bénisse le bâtiment du parlement.

Loin d’avoir recollé les morceaux et surmonté le schisme, la visite pourrait donc avoir exacerbé les divisions. « Cela ne ramènera pas dans le giron de l’église canonique les ouailles et les représentants du patriarcat de Kiev, même si l’intérêt pour Cyrille a augmenté », a indiqué le politologue ukrainien Vitali Koulik.

Si la laïcité est inscrite dans la constitution russe de 1993, les relations entre le pouvoir et l’église se sont constamment renforcées, le premier ministre Vladimir Poutine et le président Dmitri Medvedev participant régulièrement aux offices. Cette confusion entre Eglise et Etat est ressentie douloureusement par les défenseurs des droits de l’homme ainsi que dans les républiques musulmanes, qui se sentent exclues par cette tendance.

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La Russie relance la bataille de l’Arctique

La Russie ouvre un nouveau chapitre dans la course pour la souveraineté de cette région riche en hydrocarbures.

Le navire de recherche russe Académicien Fedorov a levé l’ancre le 28 juillet d’Arkhangelsk, dans le nord du pays, et s’est mis en route pour une expédition de 70 à 90 jours dans l’océan glacial Arctique afin de prouver l’appartenance de cette région à la Russie.

« L’Académicien Fedorov prendra le large le 28 juillet (…).L’expédition suivra la frontière extérieure du plateau continental arctique. On présentera ensuite une requête aux Nations unies afin de fixer officiellement les limites du plateau continental » de l’Arctique, a déclaré à l’agence russe RIA Novosti le chef de l’expédition Vladimir Sokolov.

Cinq pays riverains, la Russie, les Etats-Unis (grâce à l’Alaska), le Canada, la Norvège et le Danemark (grâce au Groenland), jouent des coudes depuis plus de dix ans pour prouver l’inclusion géographique de l’Arctique dans leur plateau continental, ce qui leur permettrait juridiquement d’exploiter les hydrocarbures présents dans le sous-sol de ces régions.

En principe, l’océan Arctique n’appartient à aucun des cinq pays côtiers, leur plateau continental s’étendant jusqu’à 200 milles nautiques au-delà de leur littoral selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), non ratifiée par les Etats-Unis. Toutefois, les pays intéressés peuvent augmenter cette distance en démontrant, profils géologiques à l’appui, que le plateau est le prolongement naturel de leur territoire.

C’est que le pactole est des plus alléchants: avec 1,2 million de m2 de fonds marins, la région contiendrait le quart des réserves mondiales de pétrole et de gaz. En outre, la fonte des glaces facilite l’accès aux gisements et permet l’ouverture de nouvelle voies maritimes, qui réduisent de près de 8.600 km la distance Tokyo-Hambourg.

La stratégie russe consiste à prouver que la dorsale de Lomonossov, découverte lors d’une expédition soviétique en 1948, et celle de Mendeleïev, s’inscrivent dans la continuité du territoire russe. Le Danemark soutient pour sa part que la dorsale de Lomonossov est en fait une extension du Groenland. La même idée est défendue par le Canada.

Moscou s’efforce de prendre de vitesse ses adversaires, les forçant à s’engager dans une course aux conséquences hasardeuses. Dès 2000, Moscou demandait à l’ONU d’inscrire un vaste territoire couvrant une partie de l’Arctique et le pôle Nord dans son plateau continental; l’ONU a botté en touche, exigeant des études complémentaires. En 2007, une expédition russe, conduite par l’explorateur, député et représentant spécial de Vladimir Poutine Artour Tchilingarov, avait planté un drapeau russe par 4.000 mètres de fond sur l’emplacement du Pôle Nord. «L’Arctique est à nous!» martelait M. Tchilingarov peu avant le départ de l’expédition.

Un conflit glacé?
Le premier ministre Poutine en personne rappelait en 2010 lors d’un déplacement dans cette région son importance stratégique: « Des bases navales russes sont déployées dans l’Arctique, qui est traversé par les itinéraires de notre aviation à long rayon d’action. N’oublions pas les intérêts économiques, dont la production de minéraux utiles », déclarait-il. C’est qu’une problématique militaire se superpose à l’attrait économique, trois des cinq Etats côtiers étant membres de l’Otan, Russie et Suède exceptées.

Tout en appelant à maintenir l’Arctique à l’écart des « blocs militaires », Moscou a militarisé sa zone et montré une grande l’hostilité face à une éventuelle implication de l’Alliance dans les problèmes de la région, qui pourrait devenir le théâtre d’un nouveau tête-à-tête entre la Russie et l’occident.

Ajoutée à cette tension géopolitique, la crispation russe rend difficile l’obtention d’un consensus sur ce dossier. En provoquant une « course » vers la région, Moscou discrédite les appels des scientifiques visant à créer une zone sous contrôle international, ainsi que le rôle du Conseil de l’Arctique (créée en 1996 et formé par les cinq riverains, + Finlande, Islande et Suède), qui coordonne la coopération pour la protection de l’environnement et le développement durable. La perspective du forage dans la région fait frémir les défenseurs de l’environnement, qui plus est à la lumière de la récente marée noire déclenchée par la plateforme Deepwater horizon.

Finalement, une question s’impose: la Russie gagnerait-elle réellement au niveau économique à faire cavalier seule dans l’exploitation des ressources arctiques? On peut douter des bienfaits d’une éventuelle « victoire » russe. Une telle perspective aurait pour conséquence d’enraciner pour longtemps et profondément l' »humiliante dépendance » de l’économie russe vis-à-vis des matières premières, récemment constatée par le président Dmitri Medvedev.

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Moscou: des hôtels français pourraient supplanter un ensemble architectural du XIXe

MOSCOU, 26 juillet. Les défenseurs du patrimoine ne cachaient pas leur consternation lundi suite à la destruction à Moscou de la propriété du marchand Alexeïev, un ensemble de bâtiments du XIXe siècle d’une grande valeur, le terrain pouvant à terme accueillir plusieurs établissements de la chaîne française Accor. Nouvel épisode d’une bataille ancienne entre les militants de la protection de l’architecture et les autorités moscovites.

Les 24 et 25 juillet, des pelles mécaniques ont détruit en plein week-end la maison principale construite en 1817, dont les façades et les intérieurs constituaient d’intéressants exemples d’architecture russe, une maison du début du XXe dotée d’une façade néoclassique ainsi que différents bâtiments du XIXe. Deux militants ont été arrêtés par la police alors qu’ils cherchaient à obstruer le passage des pelleteuses.

Les associations de protection du patrimoine fulminent: l’ensemble, situé dans une zone protégée, faisait l’objet d’une procédure de classement en tant que monument historique, une requête ayant été déposée par l’association ArchNadzor (surveillance de l’architecture) auprès de l’organisme officiel Moskomnasledie. La loi fédérale prévoit une protection temporaire des monuments faisant l’objet de ce type de procédure.

Contacté par l’auteur de ces lignes, le groupe Accor, qui pourrait construire plusieurs hôtels sur ces lieux, a indiqué que le projet n’en était qu’au stade de négociations avec les propriétaires. « Rien n’est signé », a indiqué une porte-parole, ajoutant que la compagnie avait reçu des documents de la mairie de Moscou « attestant du bien fondé du développement du site ».

Selon ArchNadzor, le groupe français Accor sera automatiquement « complice » si l’accord final est signé. « C’est précisément la réputation d’Accor (…) qui sera éclaboussée, car c’est son enseigne » qui figurera à cet endroit. « La construction d’un énorme immeuble neuf défigurera l’aspect du quartier », indique l’association.

La chambre civile russe, un organe consultatif auprès du Kremlin destiné à représenter les intérêts de la société civile, a réagi dans une déclaration: « Sans attendre le verdict du tribunal et du Parquet (qui examinaient la légalité du démantèlement de l’ensemble, ndlr), le constructeur s’est empressé de détruire l’objet du litige ».

« Nous constatons les effets du Plan général 2025 (de réaménagement de Moscou, ndlr) tant vanté par les autorités. Ses « zones de réorganisation » seront des espaces de misère culturelle et historique, dans lesquelles périront de véritables reliques de la Moscou ancienne, ayant même survécu à l’incendie de Napoléon et au carnage de la reconstruction moscovite menée par Staline », s’alarme la chambre dans son communiqué.

La conservation du patrimoine constitue un domaine de tensions régulières dans la capitale russe. En août 2009, la militante du mouvement « Sozidanie » Lioudmila Melikova avait trouvé la mort après avoir été renversée par un camion alors qu’elle participait à un meeting de protestation contre la destruction d’un monument historique dans le centre de Moscou. Selon ArchNadzor, environ 700 bâtiments anciens ont été détruits depuis le début des années 1990.

Il s’agit du deuxième litige récent à Moscou autour d’un projet impliquant une compagnie française: la construction d’un tronçon autoroutier par le français Vinci dans la forêt de Khimki, en lisière de Moscou, a provoqué en série de manifestations écologistes. Les forces spéciales russes (OMON) ont délogé en fin de semaine dernière les militants venus défendre le parc.

http://larussiedaujourdhui.fr/articles/2010/07/26/moscou_des_hotels_francais_pourraient_supplanter_un_ensemble_architectural.html

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Kaliningrad: l’opposition repart en croisade contre le gouverneur

Les partisans de l’opposition de Kaliningrad (enclave russe sur le littoral de la Baltique) descendront dans la rue le 21 août pour exiger la démission du gouverneur Gueorgui Boos, qui fait face à une vague de protestations depuis la fin de l’année 2009.

Presque tous les partis d’opposition, communistes, Patriotes de Russie et libéraux de Iabloko en tête, ainsi que des associations nationales (Solidarnost) et locales, sont à l’origine de la manifestation, qui coïncidera avec le jour où Russie unie présentera les candidatures au poste de gouverneur, dont le mandat expire en septembre prochain, explique le journal russe Kommersant.

Loin du centre, loin du cœur
L’opposition a pris pour symbole la mandarine, dont la couleur rappelle la révolution orange ukrainienne qui avait porté au pouvoir le candidat pro-occidental Viktor Ianoukovitch au terme d’une élection trouble fin 2004. Les critiques contre M. Boos sont de tout ordre, embrassant aussi bien la baisse du niveau de vie que la planification urbaine en passant par les droits de l’homme et la corruption.

Mais au-delà du gouverneur, c’est Russie unie tout entier et son monopole sur la vie politique russe qui est visé: le parti du pouvoir s’était auparavant solidarisé du gouverneur de Kaliningrad et avait annoncé qu’il soutiendrait sa candidature. Tout comme il l’avait fait en janvier 2010, suite à un impressionnant meeting qui avait rassemblé l’opposition toutes tendances confondues contre Russie unie.

Le rassemblement de fin 2009 avait eu pour déclencheur une hausse de l’impôt sur les transports, qui avait été rapidement annulé par le pouvoir face à la vague de mécontentement populaire. Toutefois, cette marche arrière n’avait pas suffi à faire taire les critiques qui avaient débouché sur de nouvelles revendications économiques et politiques, provoquant des manifestations similaires dans d’autres villes russes.

Le Kremlin s’était montré préoccupé par le caractère massif et transversal des manifestations, tant l’opposition russe avait jusqu’alors pour caractéristiques son caractère hétéroclite et ses luttes intestines l’empêchant de parler d’une seule voix. Pour autant, le gouverneur s’est montré déterminé à rester au pouvoir, sans craindre le bras de fer : « Le meeting a joué le rôle de catalyseur pour moi aussi: avant lui j’avais des doutes sur la nécessité de continuer à porter cette croix, désormais je n’ai plus de doute: je dois être gouverneur pendant un deuxième mandat ».

Un laboratoire politique?
Opposition parlant d’une seule voix, manifestations massives: en raison de son caractère excentré et déconnecté géographiquement du territoire russe, Kaliningrad s’est mué sur fond de crise économique en un laboratoire de protestation politique qui pourrait inspirer le reste du pays.

Les manifestations tenues fin 2009 avait mis en lumière une autre fracture: le soutien des manifestants au président Dmitri Medvedev, plus jeune et incarnant une certaine modernité, et leur hostilité à son puissant premier ministre Vladimir Poutine, un ancien agent secret qui pour beaucoup est lié à l’époque soviétique. Cette fracture dans la perception que les Russes ont du sommet de l’Etat était du moins palpable dans le slogan « Contre Poutine mais pour Medvedev », brandi fin janvier lors des manifestations de l’opposition qui avaient rassemblé à Kaliningrad plus de 10.000 personnes, un record.

Toutefois, le mouvement a déjà montré ses limites, des rivalités étant apparues entre les organisateurs des manifestations de janvier, plus radicaux, et ceux d’août qui semblent implicitement accepter une candidature autre que celle de M. Boos, même si elle est avancée par Russie unie. Reste donc à observer la réaction du pouvoir, M. Poutine s’étant récemment engagé à maintenir le système politique pays à l’écart de deux écueils: l’ukrainisation et le totalitarisme.

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Nouvelle bataille dans la forêt de Khimki

Les forces spéciales ont délogé des militants écologistes venus défendre le parc forestier de Khimki, en lisière de Moscou, menacé par le passage d’une autoroute. Gros plan sur un bois pris dans le feu croisé d’intérêts antagonistes.

« Les OMON (CRS russes, ndlr) sont arrivés et ils ont dispersé le camp. Evguenia Tchirikova (leader du mouvement) a été embarquée. Les activistes ont été emmenés à bord de minibus », raconte un des participants du sitting visant à empêcher la construction d’une route payante entre Moscou et Saint-Pétersbourg à travers la forêt. Selon lui, l’intervention policière a eu pour prétexte une rixe déclenchée par des éléments extérieurs au groupe de militants écologistes.

Le conflit déjà ancien qui sévit autour de la forêt de Khimki est récemment monté d’un cran. Le 15 juillet, les militants interrompaient la coupe des arbres, lancée selon Greenpeace sans autorisation. Par la suite, un tracteur avait pris feu près du village de tentes des militants, incident que ces derniers avaient qualifié de « provocation ».

L’agence routière Rosavtodorog, qui a signé en 2009 l’accord de concession et de construction du tronçon litigieux avec un consortium conduit par le français Vinci, affirme quant à elle agir en toute légalité. Les militants du Mouvement pour la défense de la forêt de Khimki ont d’ailleurs interpellé le groupe français afin de le convaincre de renoncer à la coupe d’une partie de ce massif forestier, afin de « promouvoir le développement durable et l’autorité de la loi plutôt que la destruction de l’environnement, l’illégalité et la violence ».

La protestation n’en est pas à ses débuts, les premiers piquets étant apparus dès 2007. Le 3 août 2009, les écologistes étaient allés jusqu’à porter plainte contre la Russie devant la Cour européenne des droits de l’homme. Le 1er mars 2010, la Cour constitutionnelle russe ripostait en constatant la légalité de la modification de statut des terrains visant à les rendre constructibles.

L’affaire avait fait tache d’huile, menaçant de jeter un froid sur l’année France-Russie organisée en grande pompe. Commentant l’information la déclaration de la BERD qui s’était dite « sceptique » à l’égard du projet, le président Dmitri Medvedev s’était engagé en 2009 au cours d’une rencontre avec des hommes d’affaires français à tirer au clair la situation. Le dossier avait également attiré l’attention de l’ex-ministre de l’Environnement Dominique Voynet, qui s’était solidarisée avec les écologistes russes, et avait écrit à l’automne 2009 une lettre au PDG de Vinci Concessions Xavier Huillard pour lui dire sa préoccupation à l’égard du projet.

Les passions suscitées par la protection du massif ont en outre révélé un questionnement profond sur les droits l’homme en Russie: le journaliste d’opposition Mikhaïl Beketov l’a appris à ses dépends. Après avoir participé à une action de défense de la forêt, il a été hospitalisé en novembre 2008 après avoir été sauvagement passé à tabac par des inconnus. Amputé des jambes et de plusieurs doigts d’une main, il reste dans un état grave. Derrière le bras de fer entourant la protection d’une région à l’écologie déjà très malmenée, on perçoit en filigrane la montée en puissance d’une société civile déterminée à faire entendre sa voix, séparée des autorités par un fossé grandissant.

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Le pays des grands froids à l’épreuve de la canicule

Que se passe-t-il quand une masse d’air brûlante s’éternise au-dessus du pays des grands froids? Histoire d’une rencontre atypique lourde de conséquences.

Alors que l’état d’urgence a été décrété dans 23 régions, la sécheresse de 2010 a conquis haut la main l’épithète d’historique. Un record de température vieux de 70 ans a été battu à Moscou le 16 juillet avec 33°. Les incendies se sont multipliés autour de la capitale, embrumée dans la fumée dégagée par les feux de tourbières. La Iakoutie a vu plus de 1.200 hectares de forêt partir en fumée, et la région de Rostov a été touchée fin juin par un incendie aggravé par le vent qui a ravagé 700 hectares. Phénomène inquiétant, des cyclones tropicaux pourraient apparaître dans des zones qui n’en avaient jamais connus, comme le centre de la Russie.

Avec des températures atteignant 40° à l’ombre, la canicule fait les gros titres en Russie. Le vent de panique soufflant des ministères, préoccupés par ses répercussions économiques, a peu de chances de soulager les millions de Russes suant à grosses gouttes, de la Sibérie à Moscou en passant par l’Oural. Le peuple fait avec les moyens du bord pour trouver une source de fraîcheur, la ruée vers les points d’eau ayant des conséquences tragiques: aux records de chaleur sont venus s’ajouter ceux de mortalité dans des accidents aquatiques. Pour la seule journée du 19 juillet, 71 personnes sont mortes en Russie par noyade, tandis que 274 avaient perdu la vie dans des conséquences similaires pendant la semaine précédente. Conjonction tragique de baignades dans des lieux non surveillés et de l’ivresse, première responsable des tragédies de ce type.

Sécheresse et économie: une ombre au tableau
Les grandes chaleurs qui s’éternisent auront, c’est un fait, des conséquences économiques très marquées: la récolte de blé a été durement touchée. Selon les estimations émises le 15 juillet par le ministère russe de l’Agriculture, plus de 9,6 millions d’hectares de cultures ont été réduits à néant, soit une surface supérieure à celle du Portugal.

Le coup est dur, au moment où la Russie venait de doubler les Etats-Unis en devenant le premier producteur mondial de blé. Les exportations sont menacées. « Il est facile de quitter le marché de l’export, mais plus dur d’y revenir. Il serait fâcheux de perdre les possibilités uniques si durement conquises au cours des cinq dernières années », s’est inquiété Pavel Skourikhine, président de l’Union nationale des producteurs de blé, qui redoute une multiplication du prix du grain par 1,5 à 2.

Autre répercussion: la baisse des récoltes pourrait doper l’inflation, un fléau qui hante l’économie russe et auquel la crise mondiale avait mis un frein. « Si la récolte est en dessous (de 80-85 millions de tonnes, ndlr), les chiffres de l’inflation pour août ne seront pas concernés, mais la période allant de septembre à novembre le sera », a mis en garde le vice-ministre russe du Développement économique Andreï Klepatch.

Vous avez dit réchauffement?
C’est Greenpeace a tiré la sonnette d’alarme: « La vague de chaleur des deux derniers mois est la conséquence du changement climatique et les experts de Greenpeace en ont établi la preuve », lit-on dans un communiqué publié le 21 juillet. « Le gouvernement russe devra prendre des mesures pour combattre les effets des changements climatiques », poursuit le document. Une pique en direction du pouvoir: le ministre de l’Energie Sergueï Chmatko déclarait quelques jours plus tôt à Ekaterinbourg (Oural) « être hostile à l’utilisation massive » des sources d’énergie renouvelable en Russie.

Référence également au « pshik » constaté par le président Medvedev, c’est-à-dire l’échec des négociations de Copenhague qui a conforté le pouvoir dans un certain laxisme dans ce domaine. Le chef de l’Etat s’était certes engagé l’an dernier à réduire d’ici 2020 les émissions de gaz à effet de serre de son pays de 10 à 15% sous leur niveau de 1990. Mais de nombreux experts font remarquer que les émissions avaient naturellement chuté après l’effondrement de l’URSS et que le chiffre pourrait en réalité supposer une augmentation de 30% par rapport au niveau actuel.

Au final, cette grande vague de chaleur pourrait avoir un effet positif, en poussant Moscou à se rallier plus activement aux efforts internationaux dans le domaine de la lutte contre le réchauffement.

http://larussiedaujourdhui.fr/articles/2010/07/23/le_pays_des_grands_froids_a_l_epreuve_de_la_canicule.html

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S-300 pour l’Iran: les missiles de la revanche

Nouveau rebondissement dans le feuilleton-fleuve entourant la livraison des missiles russes S-300 à l’Iran: le contrat tient toujours. Une revanche idéale pour Moscou qui n’a toujours pas digéré le scandale des espions arrêtés aux Etats-Unis.

« Le contrat n’a pas été annulé », a laconiquement souligné Sergueï Tchemezov, PDG du conglomérat public Rostekhnologuiï, qui chapeaute notamment le monopole russe des exportations d’armements. Une déclaration d’apparence anodine qui tombe comme un cheveu sur la soupe, alors que Moscou semblait avoir choisi le camp des adversaires de Téhéran.

Approuvées par la Russie, les sanctions de l’ONU adoptées début juin empêchent définitivement la réalisation du contrat signé en 2005 par Moscou et Téhéran sur la vente de cinq systèmes sol-air S-300. Auparavant déjà, le contrat n’avait jamais été honoré en raison de la pression de Washington, qui redoute que ces missiles capables d’abattre un avion volant à 27 km d’altitude ne mettent l’Iran à l’abri d’éventuelles frappes. Téhéran avait maintes fois protesté contre les faux-fuyants russes sur ce dossier.

Cette volte-face russe surprend à plus d’un titre. A la grande joie des Américains, la Russie était récemment allée encore plus loin en reconnaissant en des termes très directs la menace sécuritaire que représente Téhéran. « L’Iran est proche d’avoir le potentiel qui, en principe, peut être utilisé pour créer l’arme nucléaire », a déclaré le président Medvedev lors d’une réunion avec les ambassadeurs russes.

L’ombre des « illégaux »
Le principal frein au ralliement de Moscou à la croisade internationale contre l’Iran était jusqu’à présent d’ordre commercial. Soufflant le chaud et le froid, les Russes disaient redouter l’apparition d’une bombe nucléaire iranienne mais continuaient dans le même temps à construire la centrale nucléaire de Bouchehr et souhaitaient participer à la mise en valeur de gisements d’hydrocarbures de ce pays.

Toutefois, un événement politique d’une grande résonance est venu se greffer sur la problématique iranienne. Fin juin, Washington faisait voler en éclat la lune de miel entre les deux pays en annonçant l’arrestation de dix espions russes (les « illégaux ») immédiatement après la visite aux Etats-Unis d’un Dmitri Medvedev tout sourire. Un morceau de hamburger de trop, qui est resté en travers de la gorge des Russes.

Le scandale a eu l’effet d’une douche froide, et repoussé aux calendes grecques les projets conjoints dans le domaine de l’innovation, si chers à Medvedev. Mais surtout, l’affaire a été ressentie comme une défaite russe. Afin de rapatrier les « illégaux », des espions de bas étage, Moscou a été contraint d’extrader vers les Etats-Unis quatre agents secrets expérimentés, russes de surcroît. Un échange humiliant qui est loin de satisfaire les appétits de revanche côté russe.

Le spectre des S-300 ne refait jamais surface par hasard: des rumeurs selon lesquelles la Russie aurait entamé la fourniture de « composantes pour les systèmes de missiles S-300″ avaient été relayées en décembre 2008. Soit quelques mois après le conflit russo-géorgien, au comble de la tension dans les rapports est-ouest.

C’est donc Medvedev qui aura le dernier mot dans cette affaire: « la décision devait être prise par le président lui-même », a précisé Tchemezov. Reste à savoir si le chef du Kremlin sera assez rancunier pour jouer l’atout des S-300.

http://fr.rian.ru/discussion/20100716/187074951.html

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