Archives Mensuelles: février 2011

Divagations culinaires

Quand un camarade-touriste me demande l’adresse d’un "restau russe typique", je réfléchis. J’exclus d’abord le boui-boui ukrainien, car après tout l’indépendance des deux pays est un fait sur lequel nous ne reviendrons pas, quoi qu’on pense du statut très flou de la Crimée. Je ne l’enverrai pas non plus dans un des restaurants "orientaux" (caucasiens) de la capitale, même s’ils font partie intégrante du patrimoine culinaire russe. Je m’égare déjà. Tout se met à défiler dans ma tête. Au fond qu’est-ce que la cuisine russe? Qu’en sais-je? C’est un ensemble de plats, en général simples et savoureux, accompagnés à merveille d’un bon verre de vodka.

Doivent-ils être mangés au PECTOPAH (restaurant), ces plats? Mieux vaut peut-être envoyer mon touriste dans une rioumotchnaïa (du mot russe rioumka, verre à vodka). Là au moins le ton est donné, c’est la nourriture qui accompagnera la vodka et non l’inverse. Mais il pourrait se perdre en rentrant, pas très responsable d’envoyer un étranger là-dedans. "Ce qui est bon pour un Russe est mortel pour un Allemand", dit-on. Alors imaginez pour un Français…

Finalement, je l’envoie au Café Pouchkine (ou Elki-Palki pour les budgets plus serrés). C’est certes un peu "bateau", mais avant de commencer à dynamiter les clichés sur la Russie, il faut bien commencer par poser quelques repères. Finalement, il a demandé un "restaurant russe", alors ne cherchons pas à faire dans l’original ou l’underground. Même si le touriste européen veut en général du "typique" sans que ce soit "cliché" ou "touristique". A Barcelone, il fallait toujours indiquer "un truc où vont les Espagnols (ici on est en Catalogne, mais passons), pas un endroit à touriste, hein?".

Le Café Pouchkine est un endroit huppé, pas si cher que ça, ce qui permet de parcourir l’ensemble des classiques de la table russe dans un environnement charmant. On y trouvera le borch ukrainien (en fait présent dans ses variations dans toute l’Europe de l’est), le chtchi (plus russe déjà, un genre de bortch sans betterave rouge), la soupe froide okrochka baignée de kvass, parfois qualifié de "coca-cola russe". Le tout agrémenté de smetana (crème fraîche). Et puis bien sûr, les blinis avec leurs accompagnements: ikra rouge, noire pour les fortunés, saumon fumé… Sans oublier les pelmenis (genre de raviolis).

A propos de kvass, je me rappelle qu’accompagnant des écrivains français dans le Transsibérien, je leur avais proposé de prendre un verre de ce breuvage tiré d’un tonneau jaune. "Arrière malheureux, avait hurlé l’organisatrice en accourant, tu vas leur brûler l’estomac!". Mais nos écrivains, eux aussi, voulaient du "typique", pas du "touristique", quitte à se brûler l’estomac (à noter que l’organisatrice semblait moins préoccupée par les litres de vodka avalés). Ce qui est bon pour un Russe n’a finalement pas tué nos Français…

Métamorphoses de la cuisine russe
Entre la révolution et l’époque actuelle, la cuisine russe a perdu un grand nombre de plats: l’éventail des espèces de poissons s’est fortement réduit, tandis que la palette des légumes locaux s’est elle aussi appauvrie suite à l’importation de nouvelles espèces. La loi de l’offre et de la demande. Des recettes autrefois fameuses, comme le poisson telni, sont passées aux oubliettes.

Sous l’URSS, la plupart considéraient comme une "délicatesse" et un luxe inouï les deux boîtes de chprot (sprats) offertes pour les fêtes de fin d’année sur fond de restrictions en tout genre. Toutefois, la cuisine s’est internationalisée à cette époque. Le plov (genre de risotto) centre-asiatique, les chachliks (brochettes) caucasiens, les manty kazakhs et autres plats géorgiens ont ainsi fait leur entrée au panthéon culinaire. Après la chute de l’Union soviétique, les restaurants "européens", italiens et français notamment, sont devenus à la mode, tandis que les McDonalds poussaient comme des champignons. Aujourd’hui encore, je m’étonne de la popularité de ces établissements qui pullulent à toute heure. Mention spéciale doit être accordée aux sushi, dont les Russes raffolent.

La vraie cuisine russe est en fait simple, elle pivote autour de quelques salades. La meilleure, on la mange en famille. L’Olivier, du nom d’un chef-cuistot français désormais oublié, célèbre en Europe sous le nom de salade russe. La Mimosa (thon, carotte, mayonnaise, œuf), la Vinaigrette (rien à avoir avec notre sauce de salade). On sent en général dans la cuisine russe une nette influence teutonne, comme la saucisse fumée et les concombres (ogourtsy) en témoignent. Il faut aussi, bien sûr, manger des chachliki à la datcha pour vraiment savourer le goût de la Russie…

Dernièrement, le paysage culinaire évolue dans des directions parfois imprévisibles. En témoigne cette information selon laquelle des chercheurs ont élaboré de nouvelles recettes à base de méduse: "On en pêche et en consomme en Chine et au Japon, à la différence de l’Extrême-Orient russe. Les chercheurs ont créé une technique de préparation des produits et compléments alimentaires sur la base de Rhopilema", la plus populaire des douze méduses comestibles du monde, a indiqué le chef du projet.

Autre évolution plus alléchante à suivre, la diffusion du "bio" dans les magasins russes. En général importés et hors de prix, j’ai toutefois noté que certains producteurs russes (notamment les produits laitiers Rouzskoïé) se mettaient à appliquer les critères de production et de culture biologique. Un pas timide sur un marché encore vierge en Russie, et qui pourrait s’avérer extrêmement porteur à l’avenir.

Chez Tchékhov
Le meilleur restau russe, c’est Tchékhov qui l’a décrit. Dans le "stupide Français", il campe un de nos compatriotes, Henri Pourquoi, qui observe, outré, un Russe commander à la chaîne d’énormes portions de blinis. Une, deux, trois, quatre, ça n’en finit pas. Notre "Frantsouz" n’enrevient pas. "Il est malade, c’est évident. Jamais il ne viendra a bout de cette montagne de crêpes", s’alarme notre touriste, qui tente en vain d’arrêter le serveur: "Mais pourquoi le servez-vous??? Appelez la police!"

"Sauvages! s’indigne en son for intérieur le Français. Et en plus ils sont contents d’avoir à une de leur tables ce taré, ce suicidaire, pourvu qu’il mange pour un rouble de plus! Qu’il meure, tant qu’on a notre salaire".

"Pourquoi regarda autour de lui et fut horrifié. Les serveurs, se cognant et se bousculant à qui mieux-mieux, portaient de nouvelles montagnes de blinis…. Assis à leurs tables les gens mangeaient des montagnes de blinis, du saumon, du caviar… Avec le même appétit et la même témérité que le respectable monsieur.

"Quel drôle de pays, pensait Pourquoi en sortant du restaurant. Il n’y pas que le climat qui fait des miracles ici, les estomacs aussi! Oh quel pays étrange!"

Une nouvelle savoureuse qui nous apprendra beaucoup sur les Russes et notre perception souvent étriquée d’un pays où tout est démesure.

http://fr.rian.ru/tribune/20110221/188658569.html

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Une ballerine donne des maux de tête au parti de Poutine

Rupture tumultueuse entre la ballerine Anastasia Volotchkova et le parti de Poutine: après avoir critiqué en des termes plus qu’osés Russie unie, la danseuse étoile claque la porte dans un parfum de scandale.

Volotchkova annonçait mercredi sur son blog son intention de quitter Russie unie, dont elle était membre depuis 2003. Elle devait beaucoup pourtant au parti: limogée du Bolchoï fin 2003 pour cause de surpoids, elle avait été réintgrée sous la pression de Russie unie. Motif allégué de ce départ, la volonté de l’artiste de mener "indépendamment ses projets". Derrière cette déclaration de façade le bras de fer durait depuis plusieurs jours entre la diva et le parti de Poutine. Tout débute avec une interview osée pour le site officiel du parti, dans laquelle elle critiquait vertement la politique actuelle, et s’interrogeait le bien fondé de son adhésion.

"Est-il normal que la stratégie de la Russie soit programmée sur deux ans, que les fonctionnaires attendent uniquement de savoir qui prendra le pouvoir et ne pensent pas à la population? En Chine on pense à une autre échelle. Là bas, la stratégie est conçue sur cent ans. Là-bas l’Etat pense aux gens, chez nous, on vit selon le principe "partage et dirige". C’est quoi au fond votre parti? Même moi je suis plus importante que lui", tonnait l’ex-danseuse étoile du Bolchoï.

L’interview précisait que la capricieuse artiste se sentait offensée par le fait que ses propositions en matière d’enseignement ne soient pas soutenues par le parti, qui se limitait à exploiter sa popularité. La ballerine, célèbre pour ses coups d’éclat, a par la suite confirmé sur son blog son départ de Russie unie, qui a toujours pris soin d’attirer dans ses rangs vedettes et artistes en vue.

Parfum de scandale
L’affaire ne s’arrête pas là: dans une interview à Radio Svoboda, la belle au corps sculptural en remettait par la suite une couche. Décrivant en termes très crus le parti de Poutine, elle affirmait que des militants de Russie unie l’avaient trompée afin qu’elle signe une pétition fallacieuse de soutien à l’ancien-PDG du pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, l’oligarque récemment condamné à une nouvelle peine de 7 ans de prison. Selon elle, le document aurait par la suite falsifié afin de lui donner le sens opposé.

"Quand tout le pays m’est tombé dessus parce que j’étais contre Khodorkovski, j’ai fondu en larmes (…). C’est pour ça que je veux quitter ce …. de Russie unie", reconnaissait Volotchkova, qui en 2009 avait brigué le fauteuil de maire de Sotchi sous les couleurs du parti.

Peur des conséquences de ses propos? Manipulation réelle? La belle impétueuse, qui publiait récemment sur son blog des photos dénudées aux Maldives, affirme désormais que l’interview n’a jamais été donnée, et qu’elle a été "montée" de toutes pièces sur la base de l’entretien accordé au parti du pouvoir.

Philosophe, un représentant officiel de Russie unie a mis les revirements de Mme Volotchkova sur le compte de l’"inconstance féminine", et affirmé que le parti ne comptait pas l’exclure de ses rangs. Fatiguée des grand-écarts, l’artiste têtue confirme son départ et compte définitivement renoncer à la politique…

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Révélations sur l’affaire Khodorkovski

Révélations dans le procès ultra-médiatisé et politisé, en Russie comme en Occident de l’ancien patron du pétrolier Ioukos Mikhaïl Khodorkovski. L’assistante du juge Danilkine affirme que le verdict du procès a été imposé par les autorités.

Interview concédée à une chaîne de télé privée et à un journal libéral, ce qui prouve que si la justice est sous la coupe du pouvoir, la presse russe semble jouir d’une certaine liberté.

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MOSCOU (AFP) — L’assistante du juge de Moscou qui a prolongé jusqu’en 2017 la peine de Mikhaïl Khodorkovski a fait sensation lundi en affirmant, comme le disent les défenseurs de l’ex-magnat du pétrole et contradicteur du Kremlin, que le verdict avait été dicté par les autorités.

Natalia Vassilieva, une assistante du juge Viktor Danilkine qui a également rempli les fonctions de porte-parole du tribunal lors du deuxième procès de Khodorkovski, a fait ces révélations dans un entretien au quotidien en ligne libéral gazeta.ru et à la chaîne privée Dojd.

Le juge Danilkine, qui avait lu au pas de charge un jugement accusateur avant de condamner le 30 décembre Mikhaïl Khodorkovski et son associé Platon Lebedev à un total cumulé de 14 ans de prison à partir de leur arrestation en 2003, a aussitôt dénoncé une "diffamation" et menacé de porter plainte.

Le Tribunal central de Moscou, accusé en substance par l’assistante judiciaire d’avoir orchestré les pressions dans une affaire "politique", et d’avoir imposé au juge un jugement rédigé en haut lieu, a dénoncé une "provocation".

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Un point de vue détonnant d’un eurodéputé italien (Parti démocrate) sur cette affaire: "Ce que je ne respecte pas, ce sont les criminels et les mafieux qui (…) se font passer pour des anges et veulent être comparés à Gandhi ou à Jésus".

http://fr.rian.ru/society/20110214/188621288.html

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Mon opinion:

Car si la Russie nous est proche, elle est séparée de nous par une série de failles, qui nous empêchent de la percevoir avec objectivité. Ces failles quelles sont-elles? Le décrochage le plus récent, c’est le rejet par la Russie du capitalisme à tout crin ("thérapies de choc") que le pays semblait, aux yeux de l’occident, devoir s’infliger pour compenser 70 ans de fermeture communisme.

Un événement crucial viendra rappeler prochainement la rupture qui a durablement séparé le "monde libéral" (ou rêvé comme tel) de la Russie: le verdict du deuxième procès Khodorkovski, attendu le 27 décembre.

L’ex-patron du pétrolier Ioukos a érigé des fortunes troubles sur le démantèlement de l’URSS, avant de devenir la première fortune de Russie. L’homme, qui s’est ingéré dans les décisions politiques jusqu’à chercher à prendre le pouvoir, est défendu bec et ongles par l’occident, qui le présente généralement comme un héros et un symbole de liberté.

Le procès est politisé, Poutine entretenant envers l’ex-entrepreneur une haine toute personnelle: n’est-ce pas l’actuel premier ministre qui a posé une frontière nette entre affaires et politique, traçant la ligne rouge que Khodorkovski n’a pas hésité à franchir? La justice russe est très loin d’être parfaite. Cela fait-il du prévenu ce saint dont nombre d’intellectuels occidentaux chantent les louanges? L’extrême implication du pouvoir dans cette affaire en Russie, doublée des ingérences de l’ouest, ont contribué à renforcer les crispations.

Le jugement n’est plus celui d’un homme: aux yeux de nombreux Russes, c’est celui des excès des années 1990; pour l’occident, c’est le procès du système Poutine.

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Plongée en eau bénite

Un 17 janvier, des centaines de personnes font la queue. En Russie, rien d’étonnant direz-vous, images de la Perestroïka en tête. L’heure est pourtant tardive (il est près de minuit), le lieu inattendu: c’est au fin fond d’un parc de Moscou balayé par un vent glacial que ces gens se bousculent, certains dans le plus simple appareil.

Leur objectif? Prendre, par 20 degrés en dessous de zéro, un bain pour commémorer le baptême du Christ, fête nommée par les orthodoxes Théophanie. Quand vous entrez dans l’eau glaciale jusqu’à la taille, il se passe quelque chose d’étonnant: vous ne ressentez plus rien. On plonge entièrement à trois reprises après s’être signé, et l’on ressort du bassin. Les pieds, les mains, sont rendus insensibles par le gel. Ce jour-là, personne ne tombe jamais malade.

Produit typique d’une France déchristianisée, le spectacle d’une foi vivante m’impressionne. Mes parents ont jugé plus raisonnable de s’abstenir de me baptiser, peut-être pour ne pas m’"imposer" une foi quelconque. L’impact des idées communisantes et de la révolution des mœurs dans une France traditionnellement laïque n’a fait qu’accélérer l’érosion du rôle religieux, mais aussi social et culturel, de l’église catholique. Les récents scandales ultra-médiatisés ont achevé de jeter le discrédit sur la religion historique de l’hexagone. Les églises catholiques sont dans mon imaginaire, c’est à regret que je dois l’admettre, rangées aux côtés des musées et autres lieux de culture. De beaux bâtiments, dans lesquels je ne me suis jamais senti à ma place.

Rien d’étonnant peut-être à ce qu’en assistant à une messe dans une église orthodoxe, ce spécimen déchristianisé ressente tout à coup quelque chose de nouveau, une chaleur auparavant inaccessible. Le spectacle de la foi slave, les chants, le rapport charnel à l’icône considéré comme une émanation de Dieu, la dévotion des pratiquants, tout cela ne peut laisser indifférent: j’observe toujours une grande émotion dans les yeux des agnostiques, même les plus endurcis, que j’emmène à assister à une messe dans une église coiffée de coupoles dorées.

La Russie, baptisée en 988 seulement par le prince Vladimir, possède une foi relativement jeune et vigoureuse. Serait-ce cette jeunesse qui fait que derrière l’opulence et l’apparat de l’orthodoxie, on ressent, aujourd’hui encore, le souffle des pères du désert, ces sages directement inspirés de la vie de Jésus qui furent les premiers adeptes du christianisme?

Les Eglises catholique et orthodoxe, suite à leur divorce en 1054 lors du Grand schisme, ont suivi des voies bien différentes, divergence qui s’est accentuée au XXe siècle. Battue en brèche en occident, la ferveur religieuse hivernait à l’est. Pendant que l’Europe boudait le christianisme, la Russie en était privée, la religion faisant l’objet de persécutions féroces. Une situation qui a paradoxalement débouché, à la chute de l’Union soviétique, sur une renaissance effrénée de l’église orthodoxe. Menée dans un premier temps par Alexeï II, cette reconquête a culminé dans les années 1990 et reste vigoureuse jusqu’à nos jours, alors que les églises poussent comme des champignons sur tout le territoire russe.

Aujourd’hui, l’église orthodoxe est en position de force, ce qui pourrait au final lui jouer des tours: trop de puissance peut finir par nuire à la spiritualité. Les déclarations selon lesquelles "l’orthodoxie compte peser sur la politique" marquent l’apogée de relations dangereuses avec le pouvoir. Des scandales autour de mauvais traitements contre des enfants dans les établissements religieux commencent à faire surface. L’expansion de l’église orthodoxe russe en Ukraine a débouché sur un schisme aux forts relents politiques. Survenue après la chute de l’URSS, la séparation a donné naissance à deux Eglises: l’une rattachée au patriarcat de Moscou, l’autre fidèle au "patriarcat" de Kiev, dont le caractère canonique n’est reconnu ni par l’église russe, ni par les autres églises orthodoxes. Ce dernier était notamment soutenu par le pouvoir "orange" pro-occidental.

La foi des Russes se plongeant dans l’eau glaciale rappelle celle des Indiens se baignant dans le Gange. De nombreux points communs rapprochent d’ailleurs ces deux immenses Etats laïques, mais fervents, cette foi vive et festive en tête. Une autre idée nécessiterait de plus longs développements: les rapports de ces deux pays avec la principale religion minoritaire, l’islam, me semblent avoir beaucoup en commun. A la différence de l’Europe occidentale, où souvent l’islam communique directement avec l’Etat, faute d’un interlocuteur de poids sur le terrain social et spirituel, la religion islamique est en compétition, aussi bien en Inde qu’en Russie, avec des religions au fort potentiel structurant. Enfin, le rôle des starsty, incarnés par Zossima dans les Frères Karamazov, rappelle celui des gourous indiens, ces sages à l’écoute du peuple et inspirés par Dieu.

Une question s’impose: le XXIe siècle sera-t-il fervent? Le Brésil et l’Afrique du sud sont eux aussi des pays très croyants, tandis que la Chine est le théâtre d’un renouveau religieux que le pouvoir tente tant bien que mal de contrôler, à défaut de pouvoir juguler. Face au vide religieux qui guette l’Europe, on serait tenté d’affirmer que le repère que constitue la religion constituera un atout de poids pour ces pays jeunes, mais contraints de relever un grand nombre de défis pour réussir leur émergence.

http://fr.rian.ru/tribune/20110207/188555652.html

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